C’est
Claude DUHART qui me sollicite pour aider Thierry
(c’était notre sponsor à l’époque).
L’histoire avec Thierry est avant tout une rencontre de deux
êtres qui se sont reconnus sur différents aspects...
Tout d’abord, le respect des adversaires, l’humilité et la
détermination dans le travail, et enfin la remise en question
pour atteindre les objectifs fixés.
De mon côté cela vient de mon expérience de vie mais aussi de
joueur car à 19 ans quand je décide de devenir joueur
professionnel le monde du squash Français n'y croyait pas et ce
fut aussi le cas pour Thierry notamment au départ car nous
travaillions à distance via des fax car j’étais à Marseille et
lui à St Pierre de la Réunion.
Je lui ai transmis cette idée que le rêve fait partie de nos
vies et qu’il faut entreprendre et agir pour les réaliser.
Il y avait donc l’envie de relever un défi, et la conviction au
plus profond de lui que la qualité du travail était la solution
pour un joueur français qui n’avait pas autour de lui
suffisamment de joueurs de haut niveau pour progresser seulement
par le jeu et la compétition.
Tout
d’abord, la détection des aptitudes de Thierry a été nécessaire
et lors de notre premier stage, j’ai pu apprécier ses
potentialités. Il était facile de voir ses possibilités
physiques, son sérieux, son sens stratégique dans le jeu mais à
l’époque, il était critiqué sur sa technique.
Il fallait alors être capable de comprendre son niveau de
motivation et sa soif d’apprendre. Tous ces éléments m’ont
convaincu qu’il pourrait évoluer sur tous les aspects du jeu et
donc qu’il avait le potentiel de devenir un top dix sur le
circuit professionnel.
Jusqu’à la médaille de bronze de Thierry au championnat du monde
junior, mon travail consista à lui donner toutes les bases
nécessaires en lui apportant mon expérience et mes compétences
(techniques, tactiques, stratégiques et mentales) mais en lui
affirmant qu’il devait garder les oreilles grandes ouvertes car
il y a toujours à apprendre de tous et de chacun.
A.
Tout d’abord, il a fallu gérer les critiques, l’inquiétude des
coachs en place avec la concurrence que nous représentions et
trouver des solutions pour permettre à Thierry de rester à la
Réunion.
Tout d’abord, le travail à distance avec des plans envoyés par
fax :
• la création d’indicateur de mesure de la performance à
atteindre pour qu’il apprenne à évaluer ses progrès,
• la fixation d’objectifs adaptés à son niveau pour ne pas le
démotiver et le surentraîner.
• un autre point était de bien calibrer sa charge de travail
squash car il devait passer son bac.
• faire venir des joueurs avec la Ligue de la Réunion pour lui
et les autres joueurs de l’île.
Mon rôle fut alors de maintenir une synergie entre différents
acteurs impliqués, club, fédération, ligue, entraîneurs,
sponsors, sa famille.
La confiance de ses parents dans mon approche (ils hésitaient à
l’envoyer dès 15 ans en France) fut déterminante. Effectivement,
la force de Thierry venait aussi du fait qu’il vivait dans un
environnement familial et amical très favorable.
Pour réussir cela avec un adolescent il fallait prendre les
coups pour lui. Il avait de son côté déjà beaucoup d’exigences à
gérer, car il menait de front ces études et le squash. Ce fut un
succès, bac D avec mention avec un an d’avance, de plus une
médaille de bronze aux mondiaux juniors et trois titres juniors
en France.

Par contre pour ma part, je n’avais pas la côte. Réussir ainsi
avec Thierry et dire à tous que Paul avait raison sur son
travail de préparation physique était mal vécu.
B.
En parallèle, j’avais avancé avec Paul. Son travail de
recherche qu’il valide par l’expérimentation sur un volume
important de joueurs donne des analyses fiables sur différents
points fondamentaux de ce sport :
• la maîtrise des processus métaboliques pour la préparation
physique était de notre part déjà utilisé de façon juste. (À
cette époque nous nous sommes battus pour prouver que ce sport
était un sport "d’endurance".)
• le travail de musculation dont la dimension excentrique est
fondamentale, une révolution à l’époque.
• le travail sur les déplacements, complémentaire au travail de
musculation.
• le traitement de l’information et comment développer les
capacités d’anticipation et stratégique d’un joueur.
• l’évaluation sur la base de critères de mesures du niveau à
atteindre en vitesse, précision de jeu et au niveau physique.
Tous ces points faisant partie intégrante du travail de
formalisation de Paul appelé l’approche systémique.
Pour la petite histoire, ce travail, je le transpose tous les
jours dans mes missions de conseil en ressources humaines au
sein d’entreprise nationale et internationale (tous les chemins
mènent à ROME)
Tous ces points furent discutés entre nous et nous nous sommes
croisés, lui avec son approche de recherche et moi avec mes
connaissances pratiques de joueur.

Le
management d’un projet qui dure depuis 15 ans est exigeant tant
sur le plan des connaissances à développer en permanence que
dans la capacité à absorber le stress, le doute des acteurs
impliqués.
La force nécessaire est de pouvoir garder le cap tout en étant
capable de se remettre en question et prendre en compte les
évolutions individuelles.
L’enjeu est le maintien des équilibres, l’écoute et la capacité
à trouver des solutions, source de consensus pour tous.
Il est fondamental de se battre pour progresser vis-à-vis de
l’extérieur et non pas en interne au sein de l’équipe en place
pour mener à bien les projets.
L’énergie doit être au service de l’écoute, l’ouverture et
l’action sans laisser la place au doute, au stress et à
l’égoïsme.
Au-delà de ce travail sur le sport et les études pour Thierry,
mon appui consistera aussi tout au long de sa carrière à lui
apprendre à se promouvoir sur le circuit, auprès des sponsors et
à devenir autonome sur les négociations à mener avec les clubs,
les partenaires, la fédération.
À
posteriori, ce que j’ai appris est que la vision stratégique ne
s’élabore qu’au fur et à mesure des expériences pratiques. C’est
aujourd’hui que l’on peut imaginer formaliser ce projet afin
qu’il puisse servir de repères pour les plus jeunes et donc en
faire une approche stratégique de projet pour le haut niveau
dans le squash.
Très cordialement.


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Il est difficile de parler de soi, je vais essayer d'être sobre et
bref.
Professeur d'éducation physique et sportive (d'EPS), j'ai
toujours été branché compétitions, entraînements affrontement,
etc. En plus de mon rôle d'enseignant que je considère comme le
plus beau métier du monde, EPS signifie également pour moi :
entraînement à la performance sportive.
J'évoluais dans le hand ball depuis plus de 20 ans, quand je
découvre le squash en 1978 par l'intermédiaire d'un ami. Tout de
suite, j'ai compris que cette activité, bien orientée, pouvait
être une matière d'éducation et d'enseignement. Très vite je
ficelle un projet éducatif et je sensibilise, les collègues
professeurs d'EPS de mon secteur, à l'intérêt du squash comme
matière d'enseignement.

Dès 1980, les élèves des environs des deux clubs Marseillais (du
Prado et du Set squash) pratiquent l'activité dans le cadre de
leur emploi du temps scolaire.
Ce fut un succès, 2000 enfants sont initiés à la pratique sous
la responsabilité de leur professeurs. Et voilà plus de 20 ans que
cela dure. Le SIUAPS (service inter universitaire des activités
physiques et sportives) a suivi et également la faculté des
sciences du sports (UFRSTAPS).
En
1983, j'offrais à la Fédération de Squash, un ouvrage intitulé :
« Squash, l'entraînement programmé » (375 pages). C'était une
réflexion sur la méthodologie de l'entraînement et de la
planification des sportifs de haut niveau. Au début, je ne
voulais surtout pas m'investir dans quoique ce soit, j'avais
suffisamment de quoi faire en dehors de cela. Il n'était pas
question pour moi que je m'investisse dans les cours.
Devant le peu de réactivité à mes écrits, je me suis dit, «
puisqu'ils ne veulent pas le faire, je vais le faire moi même ».
J'avais déjà de bonnes notions dans le domaine des sciences du
sport, mais je me suis intéressé plus en profondeur à la
biomécanique, à la physiologie de l'effort musculaire, à la
psychologie cognitive et au fonctionnement mental.
Ce qui m'a permis de mettre quelques concepts
La préparation généralisée du sportif de haut niveau (ouvrage
sur une approche systémique en squash, 375 pages).
La régularité combative (squash sport d'attaque et jamais de
défense)
Le concept de l'entre deux frappes (démarche technique
personnalisée)
Le concept des étoiles pour le travail de la puissance maximale
aérobie squash.
Sur la demande de la fédération j'ai mis en place les contenus
du BE2.
J'ai porté une réflexion sur :
La préparation physique spécifique (mise en place de tests
spécifiques)
La préparation cognitive spécifique (publication sur le
déplacement et l'orientation),
La préparation mentale spécifique (ouvrage sur les
représentations mentales)
L'enseignement du squash (ouvrage sur la didactique du squash).
La technique du squash (ouvrage sur une étude biomécanique de la
frappe).
Ma réflexion principale porte depuis 26 ans sur comment réussir
conjointement son sport de haut niveau et ses études de haut
niveau.
Je m'occupe de la planification et des entraînements de Thierry
Lincou depuis 14 ans.

Bien sûr je me suis occupé de pas mal de personnes, petits et
grands, débutants et confirmés, je reste malgré tout un
éducateur dans l'âme. Je ne supporte pas la mauvaise foi et la
tricherie.
J'ai passé la majeure partie de ma vie avec toute cette jeunesse
sportive qui m'a beaucoup apporté et enrichie.

Le
rôle de l'entraîneur consiste essentiellement à faire en sorte
que le joueur soit dans l'appropriation active du savoir, dans
le savoir faire et le faire savoir. Ceci suppose la création
d'un programme instituant les compétences verticales et les
compétences transversales.
L'entraîneur met en place un système d'échanges, une pédagogie
interactive, vue sous l'angle de la réciprocité en facilitant la
réflexion du joueur.
Ceci se traduit de la part de l'entraîneur par : l'explication
(faire connaître à l'autre), l'application (faire adhérer à),
l'implication (amener dedans), la réplication (pouvoir donner le
change), la duplication (être capable de refaire, de
reproduire), la complication (connaître ensemble) et la
simplification (réduire à l'essentiel, épurer).
Le joueur ne doit pas avoir peur d'être différent quand il
s'agit de développer la différence qui fait la différence. Cette
précieuse singularité est surtout valable à partir du moment où
l'entraîneur a une idée précise du chemin qui mène à la
distinction recherchée.
L'acquisition de l'autonomie demande des efforts aussi bien de
la part de l'entraîneur que de la part du joueur.

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